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Les Marbais
1543-1608
St. BORMANS, Les fiefs du comté de
Namur, 1872-1882.
Henri de RADIGUES de CHENEVIERES, Les
seigneuries et terres féodales du comté de Namur,
Fonds d'ANDIGNE
déposé aux Archives de l'Etat à Namur, plans
divers, livres de comptes, correspondance familiale, inventaires des biens
N. de KESSEL, ASAN, t.
Yves CAZAUX, Guillaume le Taciturne, Edit. Albin Michel, Paris, 1970.
Henri PIRENNE, Histoire de Belgique des
origines à nos jours, La
Renaissance du Livre, Bruxelles, 1928.
Frans VAN KALKEN, Histoire de
Belgique, 2e éd., Office de
Publicité, Bruxelles, 1924.
E. del MARMOL, Condamnations et
confiscations politiques de la province de Namur au XVIe siècle, ASAN, t. XV.
x.,
La seigneurie de Marbais, ASAN, t., XII.
Jeanne de LONGCHAMPS et Philippe de MARBAIS ,
sollicitèrent du prince-évêque et du comte de Namur, la possibilité de
disposer de leurs fiefs à leur entendement. L'autorisation leur en fut
donnée le 14 juin 1550 par Philippe II, roi d'Espagne, comte de Namur, et
le 26 juin 1557 par Henri de BERGHES, prince-évêque. Aussitôt ils
rédigèrent leur testament en date du 30 août 1557. Celui-ci fut approuvé
en date du 22 avril 1558.
Les deux filles, Anne, épouse de Louis de
SEVERY, seigneur de Pottes et de Méricourt, et Agnès, chanoinesse à
Nivelles, et dans la suite, épouse de Nicolas de SALMIER, chevalier,
seigneur de Dorinne, Melroy et Houssoy (Vezin), fils d'Evrard, et de Anne
de MERODE de WAROUX, reçurent des capitaux et des rentes.
Les biens fonciers, pour leur part, étaient
répartis entre les quatre fils.
Richard, l'aîné recevait les hauteurs et la
seigneurie de Fernelmont avec les bois, pré, lacs, appendices et
appartenances, cens et rentes et émoluments, la seigneurie de Dompire,
terres, prés, bois, appendices et appartenances et 15 bonniers de terres
labourables situées et gisant en lieu vulgairement appelé « le buisson » à
Hambraine, ainsi que la « grande maison » située à Noville-les-Bois, son
cherwaige, terres, putz et appartenances Cette « grande maison » avait
tout d'abord été attribuée à Anne, mais un codicille postérieur au
testament, corrigea cette disposition ».
Philippe recevait la seigneurie de Loverval,
la seigneurie foncière de Laloux à Marbais et la dîme de Bry,
Robert pour sa part avait la maison, cens,
cherwaige, terres prés, bois, lacs, eauves, et moulin de Coria (Leuze),
ses appendices et appartenances, et la seigneurie foncière de Leuze avec
tous cens et rentes tant en grains qu'argent avec la rente de douze muids
d'épeautre qu'ils ont sur la seigneurie de Dhuy,
Denys, enfin, recevait des biens à Hannèche, à
Waret-l'Evêque et le bois de Héran (33 bonniers à Hemptinne).
Philippe de MARBAIS décéda peu après la
rédaction de ce testament et son épouse, Jeanne de LONGCHAMPS, le suivit
de peu dans la tombe, en 1561.
Au moment de leur décès, le fils aîné,
Richard, était mort ab intestat, sans laisser d'héritier et le troisième fils,
Robert décéda en Italie. Ce dernier, bien qu'il n'en avait pas reçu
l'autorisation, léguait tous ses biens à son frère Philippe.
Il ne restait donc en vie, parmi les fils, que
Philippe et Denys. Ce dernier n'était âgé que de 7 ou 8 ans.
Philippe de MARBAIS,
chevalier, seigneur de Loverval, se mit en
possession de la seigneurie et du château de Fernelmont, en en faisant
relief le 12 mars 1565, avec tous ses meubles et de toute la succession
immobilière de ses père et mère. Il gérait tout l'héritage comme mambour
(39) de son frère Denys.
Le 24 septembre 1565, il fit avec celui-ci, à
ce moment âgé de 12 ans, un contrat par lequel il lui cédait la seigneurie
de Leuze, Coria et les autres biens dont il avait hérité par le testament
de Robert, un des frères décédés, en échange de la part que Denys avait
reçue en vertu du testament paternel, à savoir des biens à Hannèche,
Waret-l'Evêque et le bois de Héran à Hemptinne.
Il continua cependant à administrer le tout
jusque 1567, date à laquelle, impliqué dans les troubles provoqués par les
guerres de religion (voir plus loin), ses biens sont confisqués et mis
sous séquestre.
(39)
mambour : tuteur,
responsable. Par exemple, mambour des pauvres, le gérant de l'argent ou
des biens destinés aux pauvres, équivaut actuellement au responsable du
CPAS.
Mais revenons un peu en arrière. Philippe
avait épousé Jeanne de MERODE de WAROUX, fille de Guillaume, baron de
MERODE, seigneur de Waroux, de Voroux, grand et souverain mayeur de Liège
en 1547, grand bailli de Hesbaye, maître d'hôtel du prince-évêque de
Liège, et de Marguerite de BOCHOLT, fille d'Arnold, seigneur de Tongerlo
et de Jeanne de MERVICK de KESSEL Son beau-père, Guillaume de MERODE lui
transporta le 20 octobre 1564, devant la cour de Noville, la seigneurie
non fructuaire de Waroux.
Philippe se compromit dans les remous
religieux qui suivirent l'avènement de Philippe II d'Espagne. Il signa le
« Compromis des Nobles » le 5 avril 1566 qui demandait la suppression de
l'Inquisition, la suppression des placards, des nouveaux évêchés et
réclamait la convocation des Etats Généraux.. Une seconde réunion des
confédérés tenue à Saint-Trond le 15 juillet 1566, fit apparaître dans les
rang de ceux-ci une nette progression de l'élément calviniste. Au même
moment, les iconoclastes, protestants extrémistes, brisèrent à coups de
haches , les autels, les ciboires, les statues de saints, déchirèrent les
tableaux et les manuscrits précieux, brûlèrent les chaires à prêcher et
les confessionnaux. Le roi d'Espagne, inquiet de la tournure des
événements, décida de rétablir la religion catholique et, à cet effet,
envoya le duc d'Albe qui arriva avec ses « tiercos »
(40) à
Bruxelles, le 28 août 1567.
Pendant trois ans, les exécutions firent rage
dans les Pays-Bas. On estime à 8.000 le nombre de personnes exécutées et
dont les biens furent confisqués par le Conseil des Troubles.
Philippe de MARBAIS, combattant avec Guillaume
d'ORANGE, est fait prisonnier à la bataille de Jauchelette, près de
Jodoigne, le 20 octobre 1568.
(40)
Tiercos : régiments d'élite
espagnols, réputés pour leur cruauté.
Il est décapité quelques jours plus tard, à
Bruxelles, sur la place de marché aux chevaux (actuellement place du
Sablon).
Ses biens furent saisis à savoir : la
seigneurie, la maison et château de Fernelmont, la Tour Gobin, la ferme de
Dompire, le ferme de la Grande Maison, la brasserie de Noville, la terre
de Hannèche, des cens et des rentes affectés sur certains biens sis à
Noville et ailleurs. Les meubles du château de Fernelmont furent vendus
aux enchères par l'huissier HASNOY, pour une somme de 102 livres, 9 sols
et 7 deniers. Il vendit également deux bœufs pour une valeur de 33 livres,
12 sols et 7 deniers.
Louis de SEVERY, époux d'Anne de MARBAIS, la
sœur de Philippe, seigneur de Méricourt, fut à ce moment désigné comme
tuteur de Denys. Il intenta une action en justice devant le procureur
général de Namur afin que soit restitué à son pupille sa part dans les
biens saisis. L'estimation de ceux-ci ne fut pas chose aisée. Des
contestations surgirent. Mais avant que la justice n'eut tranché le
litige, la Pacification de Gand fut proclamée le 8 novembre 1576. Elle
décrétait l'expulsion des soldats espagnols, la suspension des placards
contre les hérétiques, une amnistie générale libérait les prisonniers,
annihilait les sentences de confiscations des biens depuis 1566 et biffait
des registres les jugements en matière de religion. L'Edit Perpétuel de
Marche-en-Famenne du 12 janvier 1578, publié par Don Juan d'Autriche,
réalisait en bonne partie le programme du Compromis.
Jeanne de MERODE et son fils Arnould de
MARBAIS étaient donc remis en possession des biens saisis
L'action entamée reprit devant le procureur
général de Namur. « Au sujet de la « succession paternelle, il n'y avait
d'autres difficultés que l'estimation des fruits perçus « pendant la
gestion de feu Philippe de MARBAIS. Pour la part laissée à Richard, «
Fernelmont, Dompire, etc., Denys soutenait que son frère, étant mort avant
sa mère et « n'ayant jamais fait de relief, le legs fait en faveur de
Philippe devait être considéré comme « caduc, que dès lors, Fernelmont,
Dompire, la Tour Gobin, fiefs distincts, devaient, aux « termes de la
coutume, être partagés entre Philippe et Denys, par droit de choix. Jeanne
de « MERODE soutenait que même si le legs était nul, Fernelmont ne
constituait qu'un seul fief, « dont la Tour Gobin et Dompire n'étaient que
des dépendances et qui était dès lors, revenu à « son feu mari, comme aîné
de la famille.
« Pour ce qui concernait la succession de
Robert, Denys prétendait avoir droit à une part, son « frère n'ayant pu
disposer de ses biens, faute d'octroi. Par voie de conséquence, l'échange
du « 24 septembre 1565 devait être annulé : tout d'abord, parce qu'il
avait été souscrit par un « enfant de 12 ans ; ensuite parce que lui,
Denys, avait reçu en échange de tous ses biens, des « héritages sur
lesquels il avait déjà des droits de propriété ; »
Le Conseil provincial de Namur ne trancha que
longtemps après, le 13 décembre 1582. Il décida que Fernelmont, Dompire,
etc., formaient des fiefs différents et que les deux frères devaient donc
se les partager. L'échange de 1565 fut annulé. Le bois de Héran, les
terres de Hannèche et le reste de sa part primitive furent restitués à
Denys. Le tiers des biens non féodaux de la part de Robert fut attribué à
Denys, les deux autres tiers et Coria, revenant à la veuve de Philippe.
Cette dernière s'estima lésée et fit appel
auprès du Grand Conseil, siégeant à Namur à ce moment là. Mais celui-ci
confirma le premier arrêt le 17 octobre 1583.
Le partage des fiefs pouvait enfin avoir lieu.
Jeanne de MERODE, pour l'usufruit, et son fils
Arnould de MARBAIS, pour la propriété, obtinrent Fernelmont, Coria et
la Tour Gobin. Ils en firent relief le 28 juillet 1584. Notons qu'ils
avaient déjà relevé Fernelmont dès le 15 juillet 1577.
Denys reçut Dompire et la Grande Maison.
Cependant ces derniers fiefs revinrent finalement à Arnould de MARBAIS
suite à un contrat signé le 29 décembre 1600, avec les fils de Denys, à
savoir Louis et Jean de MARBAIS. En échange ils recevaient une rente de
425 florins brabant.
Arnould de MARBAIS, chevalier , seigneur de
Loverval, de Fernelmont, grand bailli d'Entre Sambre et Meuse, avait
épousé, par traité de mariage de l'an 1584, Anne du CHASTELER, chanoinesse
de Maubeuge, veuve d'Erard ABRION, dit de BRION, seigneur de Résimont,
Ahin, Marzinne, fille de Jean du CHASTELER, chevalier, seigneur de
Moulbays, Bersée, Audignies, Bois-Lowignies, grand bailli et gouverneur
des ville et château de Tournai et du Tournaisis, et de Barbe de HUN,
fille de Josse de HUN, seigneur de Hun, Otreppe, Bierwart, Goyet et de
Catherine de BEAUFORT de CELLES.
De son premier mariage, Anne avait eu trois
enfants : Jean, Erard et Adrienne de BRION. Cette dernière épousa François
de VALENGIN. Nous reparlerons d'eux plus loin.
De son second mariage avec Arnould, elle eut
deux filles : Agnès qui épousa Hans KRAFFT de MILENDONCK, baron de Pesche,
et Jeanne qui épousa en premières noces, Erard de POTTIER, seigneur de
Tihange et de Malaise, colonel d'infanterie. En secondes noces elle épousa
Charles, baron de HYLLE, seigneur d'Agimont. Celui-ci reçut en legs, les
biens de la fille de sa femme et de son premier mari, Jacqueline de
POTTIER, lorsque celle-ci prit le voile au couvent des Dames Blanches de
Huy.
Arnould donna Fernelmont en dot à sa fille
Agnès de MARBAIS, lors de son mariage avec Hans KRAFFT de MILENDONCK.
Celui-ci, au nom de son épouse en fit le relief.
Mais Arnould de MARBAIS ayant été condamné par
le Grand Conseil, le 31 octobre 1615 à verser à son autre gendre,
Erard de BRION, une somme de 120.000 florins brabant, ce fut ce
dernier qui fut mis en possession de Fernelmont et des autres fiefs.
Quelques jours plus tard, les biens de Erard
de BRION furent confisqués par les Archiducs. Lui-même fut condamné à
mort, mais fut gracié, à condition de prendre du service en Allemagne.
Les princes attribuèrent les biens confisqués
à François de VALENGIN, seigneur de Heppignies, un autre gendre. Avec
l'accord de Erard de BRION, il constitua le 8 mars 1617, une rente de 1425
florins brabant au profit de Martin della FAILLE, baron de Nevele,
conseiller. Celle-ci fut garantie sur tous les biens ayant appartenu à
Erard de BRION.
Mais Charles de HYLLE, le second époux de
Jeanne de MARBAIS, une des deux filles d'Arnould, entama un procès contre
de VALENGIN. Il lui réclamait la part des biens qui revenaient à sa femme
de l'héritage de son beau-père. Une sentence du 2 juin 1618 décréta que
Charles de HYLLE obtiendrait le possession de Fernelmont et des autres
fiefs, à condition de payer à Erard de BRION la somme de 70.000 florins
d'Artois. Mais de HYLLE fut incapable de rassembler cette somme.
VALENGIN céda alors la seigneurie à
Jean-François de BARWITZ
Ce dernier fut mis en possession réelle du
château le 22 octobre 1678. Mais Arnould de MARBAIS avait pris de nombreux
engagements. Il fallut pour satisfaire les créanciers vendre la seigneurie
d'une manière définitive.
Le 15 novembre 1618, elle fut adjugée pour
151.000 livres d'Artois, à Jean-François de BARWITZ.
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